Trouver le nord ?

 

            Je vous invite ici à pénétrer dans mon laboratoire, et à vous pencher sur mes cornues.

 

            C'est à une recherche en devenir que vous aurez le privilège d'assister.

 

            C'est pourquoi, à la différence de la page "démystifications", je n'avance ici que des hypothèses, c'est-à-dire des "propositions".

 

D'abord,

 

            D’abord, je marche sur les traces de tous ceux qui, avec Bachelard, avec Althusser, avec Copernic et Galilée (excusez du peu !) se méfient du « sens commun ». Le sens commun, que le populisme nomme « bon sens », est en réalité le royaume des apparences. Le bon sens était contre Copernic l’allié de ses censeurs : il était évident, parce qu’on le voyait de ses yeux, que le soleil tournait autour de la Terre. Il convient donc de se méfier des évidences, en considérant qu’elles sont à l’origine de représentations déformantes de la réalité.

 

Ensuite,

 

            Ensuite, je ne crois pas au complot permanent. Je ne crois pas que ces déformations s’expliquent par la volonté qu’aurait un groupe de mystificateurs de tromper une masse inculte. Pour admettre cela, il faudrait accepter l’idée que la connaissance distanciée, scientifique est le monopole des classes dominantes, tandis que les classes dominées recevraient les miettes de la connaissance relevant  du sens commun. Or, je pense, pour parodier Descartes, que le sens commun est la chose la mieux partagée du monde. L’explication principale de la formation des fausses représentations, c’est tout simplement que la vérité n’est pas naturelle. Ça se travaille. La connaissance est une production, comme disait Althusser. Et ce travail-là, comme tout autre, peut rencontrer des réticences dans tous les milieux sociaux.

 

Malgré tout,

 

            Malgré tout, le langage n’est pas innocent dans l’affaire. Dans la page "rhétorique et représentations", je vous emmènerai à la rencontre de deux mondes : celui de la représentation économique  et sociale, et celui de la rhétorique. Lexique, jeux et devinettes sont au programme.

 

Par conséquent,

 

            Par conséquent, puisque les élites au pouvoir ne sont pas à l’abri des déformations du sens commun, je suggère que le mécanisme de la « prophétie auto-réalisatrice », bien connue des spécialistes des marchés spéculatifs, peut être élargi à bien d’autres domaines, y compris extra-économiques. Je pense ainsi, avec les « constructivistes », que la réalité est une construction sociale[1], qui se reproduit  en se transformant, car les acteurs la perçoivent d’une certaine manière et agissent en fonction des perceptions qu’ils  en ont. Ce faisant, ils la déforment  et la transforment, en la rendant conforme à leurs perceptions. J’admets  aussi, comme le linguiste Steven Pinker, que  certaines « choses »  (la monnaie, l’Etat…)  que nous prenons pour des réalités aussi évidentes que l’air que nous respirons, n’existent que par un accord tacite entre les gens, qui agissent comme si ces catégories existaient.

 

 

 

            Je tâcherai donc de montrer dans la page "constructions" quelle est l'extraordinaire capacité des représentations à s'auto-réaliser et de l'erreur à créer de la vérité. Les représentations construisent le monde autant qu’elles le reflètent. La valeur du dollar, la puissance du Nigéria, la compétence d’un demandeur d’emplois, l’influence d’un pays, tout, vous dis-je, tout est construit, tout est affaire de convention. Les monarques et les maires n’ont pas le monopole du mode performatif (« je déclare la guerre », « je vous déclare unis par le mariage »…).

 



[1] Peter L. Berger, Thomas Luckmann, The Social Construction of Reality, New York, Doubleday, 1966.

 

Enfin,

 

            Enfin, je vous inviterai sur la scène tunisienne où se joue, comme partout ailleurs il est vrai, une représentation sans auteur et sans metteur en scène. Le titre ? "Transition", c'est commode. Cela évite de verrouiller le débat sur le point de départ (révolution ?) et le point d'arrivée (où vont-ils ?) Beaucoup d'autres théâtres ressemblent à celui-ci dans le monde. Pourquoi la Tunisie, me demanderont certains, pourquoi pas l'Egypte, pourquoi pas l'Ukraine ? On me permettra d'avoir quelques raisons personnelles à cela. Il fallait bien de toute façon l'orienter quelque part, ce microscope.

 

            N’hésitez pas à ouvrir cette porte : qui sait si vous ne découvrirez pas à l’intérieur une ou deux autres clefs  qui vous permettront d’en ouvrir d’autres, là où vous le souhaitez.

 

            En échange, sur cette page ou sur d’autres, déposez vos contributions : elles feront grandir cette recherche.