5e leçon

Les monnaies

6 mars 2018

Entretien préalable

 

Le 2 mars 2017, un euro valait 1,0514 dollars

 

Le 2 mars 2018, un euro valait 1,2312 dollars[1].

 

 

 

Vous devez suivre cette leçon si vous pensez :

 

         Que le dollar est plus fort que l’euro,

 

         Que l’euro est plus fort que le dollar,

 

         Que l’économie européenne a  gagné en puissance entre le 2 mars 2017 et le 2 mars 2018,

 

         Qu’il y a des monnaies plus fortes que d’autres,

 

         Que les exportations permettent de remplir les caisses de l’Etat,

 

        

 



[1] https://www.banque-france.fr/statistiques/taux-et-cours/les-taux-de-change-salle-des-marches/parites-quotidiennes

 

Allons-y, maintenant

 

L’objectif du chapitre est de mettre en évidence les flux monétaires qui traversent les frontières des Etats, plus précisément des zones monétaires.

 

Il est aussi de montrer comment l’existence d’une pluralité d’unités monétaires introduit des enjeux nouveaux par rapport à ceux du circuit de l’économie nationale.

 

Alors que la monnaie permet de donner un prix aux choses, l’existence d’une pluralité de monnaies permet de donner un prix aux monnaies elles-mêmes.

 

C’est  la notion de parité, ou de taux de change.

 

D’où le titre de ce chapitre, qui ne diffère du précédent, que par le passage du singulier au pluriel.

 

1. Présentation des flux internationaux d'argent selon leurs causes

 

En prenant le point de vue d’une nation, on distingue :

 

 

 

        Le commerce extérieur de biens et services

 

                   Les exportations désignent les ventes à l’étranger

 

                   Les importations désignent les achats à l’étranger

 

                            La contrepartie des flux monétaire prend la forme de marchandises

 

 

 

        Les mouvements internationaux de capitaux

 

                   La contrepartie est une variation du patrimoine des acteurs

 

         On distingue :

 

                Les investissements directs

 

Ce sont les opérations qui permettent au résident d’un pays de prendre le contrôle d’une entreprise immatriculée dans un autre pays.

 

La contrepartie est une augmentation du patrimoine.

 

Deux formes possibles :

 

         L’achat par un résident d’un pays d’une entreprise « clef en mains » dans un autre pays,

 

         L’achat d’un nombre suffisant d’actions d’une société pour  en permettre le contrôle (par convention,  plus de 10% du capital de la  société convoitée)

 

 

 

                Les investissements de portefeuille

 

                            Achats d’actions sans prise de contrôle (moins de 20%)

 

                            Achats d’obligations émises par des institutions étrangères (Etats ou entreprises) :  la contrepartie est un droit au remboursement et aux intérêts

 

 

 

                   Les prêts par un résident à un résident d’un autre pays (même contrepartie que les achats d’obligations)

 

 

 

                   Les placements (même contrepartie)

 

 

 

         Les revenus des facteurs de production « offerts » par des résidents d’un pays à des résidents d’un autre pays, soit :

 

                   Revenus du travail : salaires versés par un employeur à un salarié opérant à l’étranger. La contrepartie est un travail.

 

                   Revenus du capital : dividendes versés par une société à un actionnaire étranger ou intérêts versés par un emprunteur à une banque étrangère. La contrepartie est la mise à disposition d’un capital.

 

 

 

         Les transferts unilatéraux (absence de contrepartie)

 

                   On peut distinguer :

 

                             les transferts courants (versements privés  sans contrepartie)

 

                            les transferts en capital (par exemple l’aide publique à l’investissement)

 

 

 

Récapitulation

 

         La balance des paiements représente ces flux entre une nation et le reste du monde.

 

         La balance des paiements courants représente l’addition des flux liés au commerce extérieur des biens et services, aux revenus des facteurs de production et aux transferts unilatéraux courants.

 

         Le solde le plus significatif est celui de la balance des paiements courants, ou balance des transactions courantes, ou balance courante.

 

2. Les enjeux économiques du commerce extérieur

 

         L’exportation est un moteur de croissance (ce n’est pas le seul moteur de la croissance, mais les autres moteurs feront l’objet de la 5e leçon).

 

A. Approche du commerce extérieur par le circuit économique

 

L’équilibre du circuit s’écrit :

 

         Flux réel = flux monétaire

 

         Ou offre = demande

 

         Ou revenu = dépense

 

Décomposition du flux monétaire selon ses utilisation : C + E + M

 

Décomposition du flux réel selon sa destination : C + I + X

 

 

 

Avec :

 

         C = consommation

 

         I = investissement

 

         E = épargne

 

         X = exportations

 

         M = importations

 

 

 

A l’équilibre : C + E + M = C + I + X

 

E + M = I + X

 

E – I =  X – M

 

Un excédent commercial compense un excès d’épargne sur l’investissement

 

Inversement : un excédent commercial provoque un excès d’épargne qui est ainsi placé à l’étranger (tous les pays qui exportent plus qu’ils n’importent investissent à l’étranger)

 

 

 

Illustration

 

 

Quelques pays déficitaires

Quelques pays excédentaires

 

En milliards d’€, en 2017[1]

En % du PIB, en 2016[2]

En milliards d’€, en 2017

En % du PIB, en 2016

France

-68,4

-0,9

 

 

Allemagne

 

 

255,2

8,3

Zone euro

 

 

331,2

 

Royaume-Uni

 

-4,4

 

 

Chine

 

 

 

1,8

Etats-Unis

 

-2,6

 

 

Japon

 

 

 

3,8

 

 

 

Les grands pays exportateurs (Chine, Japon) sont aussi exportateurs de capitaux : ils investissent ou placent leurs excédents de devises à l’étranger. Par exemple, la Chine prête ses dollars au Trésor des Etats-Unis

 

 

 



[1] Alternatives économiques, HS n° 114, février 2018, p. 19 : « Des excédents inquiétants »

[2] Alternatives économiques, HS n° 112, octobre 2017, p. 26. Indicateurs économie mondiale

 

B. Explication du solde commercial

 

                1 Explication structurelle : la compétitivité

 

 

 

Une définition de la compétitivité :

 

         Capacité à faire face à la concurrence

 

 

 

Quelques indicateurs de la compétitivité :

 

         Le taux de couverture des importations par les exportations :

 

                   Exportations / Importations

 

         Le taux de pénétration d’un marché intérieur :

 

                   Importations / marché intérieur

 

                   Marché intérieur = consommation + investissement + importations + dépenses publiques

 

         L’effort à l’exportation :

 

                   Exportations / PIB

 

         Taux d’ouverture du commerce extérieur :

 

                  [(Exportations  + importations) / 2] / PIB

 

 

 

Illustration pour la France, en 2016 (source : Insee)

 

PIB

2 228,9

Importations

695,6

CF (Consommation finale)

1 759,6

FBCF (Formation brute de capital fixe)

489,4

Exportations

652,2

 

 

Marché intérieur (CF + FBCF +importations)[1]

2 944,6

(Exportations + importations) /2

673,9

 

 

 

 

 

On peut en déduire :

 

Taux de couverture des exportations par les importations

93,76 %

Taux de pénétration du marché intérieur

23,62 %

Effort à l’exportation

29,26%

Taux d’ouverture du commerce extérieur

30,23 %

 

 

 

Illustration pour quelques pays, en 2016[2]

 

 

Balance courante en % du PIB

(1)

Exportations de biens et services en % du PIB

(effort à l’exportation)

(2)

Chine

1,8

19,6

Allemagne

8,3

46,0

France

-0,9

29,4

Royaume Uni

-4,4

28,1

Canada

-3,3

31,0

Etats-Unis

-2,6

12,5[3]

Japon

3,8

17,6[4]

 

 

 

On peut en déduire :

 

 

Taux de pénétration du marché intérieur

 

Taux de couverture des exportations par les importations

 

Effort à l’exportation

 

Taux d’ouverture du commerce extérieur

 

 

(3) = (2) – (1)

(4) = (2) / (3)

(5) = (2)

(6) = [(2) +(3)] / 2

Chine

17,8

110,1

19,6

18,7

Allemagne

37,7

122,0

46,0

41,9

France

30,3

97,0

29,4

29,9

Royaume Uni

32,5

86,5

28,1

30,3

Canada

34,3

90,4

31,0

32,7

Etats-Unis

15,1

82,8

12,5

13,8

Japon

13,8

127,5

17,6

15,7

 

 

 

 

 

 

 

Analyse de la compétitivité

 

         La compétitivité de l’économie d’un pays peut être obtenue de 3 manières :

 

                  Compétitivité par les prix. Elle  dépend du rapport entre coût du travail et productivité du travail

 

                  Compétitivité par la qualité des produits ; elle permet de vendre à prix élevés des produits haut de gamme ou des produits situés dans des « niches » ou sur des « créneaux » peu fréquentés par la concurrence internationale

 

                  Compétitivité par la monnaie. C’est un coup de pouce artificiel indépendant des efforts des entreprises. On l’analysera plus loin (III)

 

 

 

                2 Explication conjoncturelle

 

Si l’exportation est un moteur de la croissance, la croissance est un moteur de l’importation.

 

Pour un taux donné de pénétration du marché intérieur, la croissance tend à creuser le déficit ou à diminuer l’excédent commercial.

 

Si un pays, dont les frontières sont ouvertes, pratique une politique de relance de sa croissance par la consommation, et si ses partenaires commerciaux font au contraire  une politique de l’offre (ou de « rigueur »), il creusera son déficit courant

 

D’où le trilemne classique, ou triangle d’incompatibilité » :

 

 

 

Taux de change fixe, politique monétaire indépendante et liberté de circulation  des capitaux ne peuvent coexister.

 

 

 

On le comprendra encore mieux après l’étude des enjeux monétaires.

 



[1] La dépense publique est comprise dans la consommation finale et la FBCF

[2] Alternatives économiques, HS n° 112 – octobre 2017, p. 26 : « Indicateurs économie mondiale »

[3] Année précédente

[4] Année précédente

 

3. Les enjeux monétaires des flux internationaux

A. Quelques définitions de base

 

                   Marché des changes :

 

                            Marché mettant en relation des banques et banques centrales de pays différents s’échangeant leurs monnaies respectives.

 

 

 

Montant quotidien des transactions sur le marché des changes : 5 100 milliards de dollars en avril 2016, soit 6 fois plus qu’en 1992[1]

 

         1000 mds $ en 1992

 

         4 000 mds $ en 2010 / jour

 

60 fois le montant du commerce international de biens et services

 

 

 

                Devises :

 

                            Moyens de règlement (paiement) qui sont achetés et vendus sur un marché international du change

 

 

 

Au 3e trimestre 2017, le dollar représentait 63,5 % des réserves de change des banques centrales[2],

 

         l’euro,  20,04 %

 

         le yen, 4,52 %

 

         la livre sterling, 4,49 %, etc.

 

En 2016, le dollar représentait 87,6 %des opérations sur le marché des changes et l’euro, 31,3 %[3]. Le couple euro/dollar Us représentait 23 % des échanges de monnaies considérées par paires[4]

 

 

 

                Taux de change :

 

                            prix d’une devise exprimé dans une autre devise

 

 

 

                Fonctionnement.

 

         Le schéma qui suit peut en donner une représentation simplifiée, voire simpliste. Le trait vertical en pointillé simule une frontière nationale entre deux pays ayant deux monnaies différentes.

 

         Dans l’exemple qui est présenté ici, la balance courante d’un pays se réduit à l’existence d’un importateur et d’un exportateur. Le déficit courant est compensé par une double ponction,  sur les réserves d’une banque et sur celles de la banque centrale. Le complément est apporté par un achat de devises à une banque étrangère, ce qui laisse prévoir en conséquence une tendance à la baisse de la valeur de la devise nationale.

 



[3] « Puisque deux monnaies sont impliquées dans chaque transaction, si l’une est achetée, l’autre est forcément vendue. Chaque monnaie (dollar, euro, yen…) étant comptée deux fois, la somme des pourcentages de toutes les monnaies dans les échanges atteint 200 % » (source : www.lafinancepourtous.com )

[4] « …En revanche, quand on considère des paires de monnaies (euro/dollar, dollar/yen…) le double comptage disparaît et la somme des pourcentages de toutes les paires dans les échanges atteint 100 %. » (même source)

 

B. Déterminants des taux de change

 

                   Toute rentrée de devises tend à augmenter la demande, donc le prix d’une monnaie nationale.

 

 

 

                   Toute sortie de devises  tend à augmenter l’offre, donc à faire baisser le prix d’une monnaie nationale.

 

 

 

C. Conséquences des variations des taux de change

 

        « Toutes choses égales par ailleurs », une dépréciation…

 

 

 

                   …renchérit les importations: c’est un

 

                            moyen de protection d’une économie nationale.

 

 

 

Exemple :

 

         Un distributeur français achète une voiture à un constructeur des Etats-Unis d’Amérique (ex : Ford) ; prix de vente : 10 000 §.

 

         Si 1euro = 1 dollar, cette voiture lui coûte 1 x 10 000 €.

 

 

 

 

 

         Si 1 euro = 0,80 dollar, soit une dépréciation de l’ euro et une appréciation du dollar

 

         1 dollar vaut alors 1 / 0,8 euro = 1 /8/10 = 1/4/5 = 5/4  = 1,25 €

 

La voiture coûte alors 10 000 x 1,25 = 12 500 €

 

        

 

 

 

                   … diminue, à recette égale pour l’exportateur, le prix d’achat de ses exportations: c’est un

 

         facteur de compétitivité

 

 

 

Exemple :

 

         Un négociant français en vin exporte en Suisse 1 000 hectolitres d’un vin  qu’il vend 700 euros l’hectolitre.

 

         Si 1 euro = 0,6 francs suisses, le prix d’un hectolitre en franc suisse est de 1 000 x 700  x 0,6 = 420 000 francs suisses

 

         Si 1 euro = 0,5 franc suisse (soit une dépréciation de l’ euro et une appréciation du franc suisse), le prix de ce vin à l’hectolitre en franc suisse est de 1 000 x 700x  0,5 = 350 000 francs suisses.

 

         Sans aucun effort du négociant français sur ses marges, à recette égale pour lui, son vin est devenu meilleur marché pour l’acheteur suisse.

 

 

 

                   ..augmente le coût des investissements à l’étranger : c’est un frein à la croissance externe internationale.

 

Exemple : Si Aventis veut acheter une usine brésilienne, il lui en coûtera plus après une éventuelle dépréciation de l’euro par rapport à la monnaie brésilienne.

 

 

 

                   diminue le coût des investissements étrangers : c’est un appât pour les capitaux étrangers.

 

Une dépréciation de l’euro rend moins coûteux l’achat des entreprises européennes par des étrangers.